CanadA
Carnet d’une agriculture connectée #4 : Quand les données prennent du sens
Quelques mots pour commencer
Dans mon précédent article, je vous expliquais comment une simple observation pouvait devenir une donnée exploitable. Entre les comptages, la mise en place d'un protocole et la création d'une trame de saisie, j'avais découvert que le travail ne s'arrêtait pas au passage du robot.
Après plusieurs semaines passées dans les parcelles, il était enfin temps de répondre à la question qui m'accompagnait depuis le début de ce stage : le robot est-il réellement efficace ?
Je pensais que cette dernière étape consisterait simplement à faire tourner quelques analyses statistiques. Finalement, j'ai compris que les statistiques ne servent pas uniquement à produire des graphiques : elles permettent surtout de vérifier si ce que l'on croit observer sur le terrain est réellement vrai.
1 - Quand les données prennent enfin la parole
Les résultats ne racontent pas toujours ce que l'on imagineAprès avoir vérifié et organisé l'ensemble des données collectées pendant plusieurs semaines, j'ai commencé les analyses.
Je dois avouer que j'avais un peu hâte d'arriver à cette étape. Après toutes ces heures passées à compter des adventices dans les parcelles, j'avais enfin l'impression que tout ce travail allait prendre son sens.
Les premiers résultats ont montré que le robot permettait bien de réduire le nombre d'adventices dans la zone étudiée. Malgré tout l'impression visuelle ne suffisait effectivement pas.
Une parcelle peut sembler très propre après le passage du robot... sans que cela signifie forcément qu'il a été efficace partout. À l'inverse, une parcelle qui paraît encore enherbée peut cacher un très bon travail dans la zone où le robot était réellement censé intervenir.
C'est précisément tout l'intérêt de l'expérimentation : dépasser ce que l'on voit pour comprendre ce qui s'est réellement passé.
2 - Ce que les chiffres ne montrent pas
Derrière chaque résultat se cachent des heures de terrainLorsque l'on regarde un graphique ou un tableau de résultats, on oublie facilement tout ce qu'il représente.
Pour ma part, chaque chiffre me rappelle une parcelle, une journée de comptage, un protocole ajusté ou une donnée ressaisie parce qu'elle n'était pas suffisamment précise.
Avant ce stage, je pensais que le plus compliqué serait de faire fonctionner un robot agricole.
Finalement, le plus difficile a été de construire une méthode suffisamment rigoureuse pour pouvoir lui faire confiance.
J'ai découvert que produire une donnée fiable demande énormément de réflexion en amont. Une observation oubliée ou une information mal renseignée peuvent rapidement compliquer toute une analyse.
3 - Ce que cette expérience m'a appris
Une autre façon de voir l'innovation agricoleCe stage m'a surtout permis de comprendre que l'innovation ne repose pas uniquement sur la technologie.
Le robot est impressionnant, bien sûr. Mais sans protocole expérimental, sans observations rigoureuses et sans analyses, il serait impossible de savoir s'il apporte réellement quelque chose aux agriculteurs.
J'ai également découvert que l'agronomie est une discipline où il existe rarement une réponse unique. Les résultats dépendent du contexte, de la culture, des adventices présentes, des conditions météo ou encore des réglages de la machine.
C'est cette complexité qui rend finalement ce métier passionnant.
4 - Bien plus qu'un stage
Une expérience qui dépasse largement le cadre professionnelAu-delà du travail réalisé chez Désherbex, cette mobilité restera une aventure humaine incroyable.
J'ai découvert une autre façon de travailler, une autre culture, mais aussi une autre manière de vivre l'agriculture. Entre les week-ends à Montréal, les rodéos, les découvertes culinaires, les paysages québécois et toutes les rencontres faites pendant ces deux mois, je repars avec bien plus que des compétences techniques.
Cette expérience m'a permis de gagner en autonomie, de prendre confiance en moi et de confirmer mon envie d'évoluer dans un domaine où l'agronomie et les nouvelles technologies se complètent.
5 - Et le Canada dans tout ça ?
Bien plus qu'une expérience professionnelleÉvidemment, je ne peux pas terminer ce carnet sans parler de tout ce qui s'est passé en dehors des parcelles.
Pendant ces quelques semaines au Québec, j'ai eu la chance de découvrir bien plus que le monde professionnel canadien. J'ai découvert une nouvelle culture, de nouvelles habitudes et surtout des paysages complètement différents de ceux que je connaissais.
Entre Sherbrooke, Montréal et les différentes escapades réalisées pendant mon séjour, j'ai pu découvrir des villes, des paysages et des endroits que je n'aurais probablement jamais eu l'occasion de voir autrement.
J'ai aussi beaucoup aimé découvrir la culture québécoise au quotidien : la façon de parler, les expressions, la nourriture, les sorties, mais aussi toutes ces petites différences qui deviennent finalement les souvenirs que l'on garde le plus longtemps.
Et puis il y a eu toutes les découvertes un peu plus inattendues : un rodéo à Ayer's Cliff, des balades dans Montréal, des restaurants découverts au hasard, des paysages magnifiques et toutes ces petites aventures qui n'étaient pas forcément prévues au départ.
C'est aussi ça que je retiendrai de cette mobilité. Je suis partie pour un stage, mais j'ai finalement vécu une véritable expérience à l'étranger.
5 - Le petit mot de la fin
Lorsque je suis arrivée au Québec, je pensais venir découvrir un robot de désherbage.
Finalement, je repars en ayant surtout appris à me poser les bonnes questions.
Comment mesurer l'efficacité d'une innovation ? Comment construire une expérimentation fiable ? Comment transformer de simples observations de terrain en connaissances utiles ?
Je crois que c'est finalement ça, l'agriculture connectée.
Ce n'est pas seulement une question de robots, de caméras ou d'intelligence artificielle. C'est avant tout une démarche qui consiste à observer, comprendre, expérimenter... puis utiliser les données pour accompagner les décisions.
Ce carnet s'achève ici, mais cette expérience aura sans aucun doute marqué mon parcours d'ingénieure en AgroTIC.



Commentaires