De Marrakech aux Monts de France : entre agriculture, nature et amitié

De Marrakech aux Monts de France : entre agriculture, nature et amitié

Publié par HamzaSadere le 03/07/2025
Pays : France

Ma présentation en quelques mots

Je m’appelle Hamza, étudiant marocain en Gestion des Entreprises Agricoles à l’ITSA Souihla - Marrakech, une école engagée dans la formation de techniciens capables de relever les défis de l’agriculture moderne. Mais ce que je m’apprête à partager dépasse largement le cadre d’un simple stage.

Grâce au programme Stage 250, un partenariat historique et ambitieux entre les ministères de l’agriculture du Maroc et de la France, j’ai eu la chance de vivre six semaines intenses au cœur du territoire drômois, à l’exploitation agricole du Lycée Terres d’Horizon, à Romans-sur-Isère. Créé il y a plus de 30 ans, ce programme permet chaque année à environ 50 étudiants marocains en formation TSA et une centaine d’élèves ingénieurs de bénéficier d’un stage professionnel en France. Il vise à favoriser l’échange de pratiques agricoles, le développement des compétences techniques et surtout, la rencontre entre cultures et visions de l’agriculture.

Ce dispositif m’a ainsi ouvert les portes d’une expérience humaine et professionnelle unique, marquée par des apprentissages concrets sur le terrain, des rencontres sincères et des découvertes profondes, tant sur le plan agricole que personnel.
Départ pour l’aventure
Départ pour l’aventure

1.Une immersion technique complète, entre rigueur professionnelle et partage d’expérience

Ce stage n’a pas été une simple observation, mais une véritable immersion professionnelle, où j’ai pu mettre en pratique mes acquis, renforcer mes compétences techniques et partager mes connaissances agricoles avec les équipes françaises.

Parmi les activités les plus marquantes figure ma participation active au projet de bouturage de 28 000 plants de sarriette citronnée. Ce travail, très technique, exigeait précision, rigueur et suivi sanitaire. Grâce à ma formation et à mon expérience, j’ai été rapidement opérationnel, en appliquant des protocoles stricts (type de coupe,hygrométrie, suivi post-plantation). J’ai également partagé avec les équipes quelques astuces utilisées au Maroc pour optimiser l’humidité du substrat ou éviter les stress hydriques.

Les boutures prennent place
Les boutures prennent place
Caissette de boutures de sariette prélevées à la main
Caissette de boutures de sariette prélevées à la main
 Mission réussie !
Simplement bon
Simplement bon
Mission réussie !









































J’ai également participé activement aux travaux liés aux cultures maraîchères biologiques : mise en place des cultures, désherbage manuel, paillage, irrigation, effeuillage et récolte, etc. Les légumes produits (tomates, salades, courgettes, aubergines, oignons, carottes, etc.) répondaient à un cahier des charges biologique strict. J’ai aussi eu l’occasion de calculer les apports en engrais organiques, en adaptant les doses selon les stades de développement et les besoins spécifiques des cultures.

Maîtriser la tomate, c’est maîtriser l’art du maraîchage
En parallèle, j’ai été formé à la préparation des commandes à destination des clients : tri, contrôle qualité, conditionnement, étiquetage… Ce travail m’a beaucoup appris sur la logistique, la traçabilité et l’organisation dans une exploitation maraîchère bio. J’ai également participé à l’attelage, au dételage et aux réglages des outils agricoles, ce qui m’a permis de renforcer mes compétences en machinisme.

Un moment particulièrement marquant fut la découverte et la conduite du porte-outils Cultitrack, un engin innovant conçu pour le désherbage mécanique. Contrairement à un tracteur classique, cette machine permet un travail de grande précision, notamment le binage, sans avoir besoin d’être deux personnes. Pour ma première prise en main, M. Vincent m’a accompagné non pas parce que c’était nécessaire, mais pour me guider et m’expliquer les réglages. Nous avons travaillé sur une parcelle de poireaux, et j’ai pu mesurer l’efficacité de cet outil, à la fois performant, écologique et ergonomique. Ce fut une expérience précieuse qui m’a permis de gagner en autonomie et en confiance dans l’utilisation de machines modernes.

Enfin, ce stage a aussi été un lieu d’échange professionnel. Avec les autres stagiaires et les encadrants, nous avons souvent discuté de différences de pratiques agricoles entre le Maroc et la France, dans une ambiance de curiosité et de respect mutuel.

2.Une amitié née d’un échange franco-marocain

Tout a commencé lors d’un échange entre étudiants français et marocains. En février 2025, nous avions accueilli à l’ITSA Souihla de Marrakech plusieurs élèves du Lycée agricole Terre d’Horizon de Romans-sur-Isère, venus pour un voyage d’étude centré sur l’agriculture durable et l’agroécologie. Pendant leur séjour au Maroc, nous avions partagé plusieurs visites de fermes, participé ensemble à des ateliers pratiques, et tissé des liens forts au fil des journées.

En France, j’ai eu la joie de retrouver ces camarades dans un tout autre cadre. Ce stage a été l’occasion de poursuivre cette dynamique d’échange, à la fois humaine et professionnelle. Chaque jour, à travers les travaux agricoles, les discussions, ou simplement les moments partagés, nous continuions à confronter nos idées, à apprendre les uns des autres, et à renforcer notre amitié.

Ces liens se sont naturellement approfondis autour des repas partagés, des pauses ensoleillées, ou encore lors des soirées détendues. Je garde un souvenir particulier d’un barbecue chaleureux organisé par les étudiants en Métiers du Végétal, où chacun a contribué, et où l’on a pris soin de respecter mes habitudes alimentaires (viande halal), un geste simple mais profondément touchant.
Échanges riches entre nos Institutions au Maroc Marrakech
Échanges riches entre nos Institutions au Maroc Marrakech
Aujourd’hui, ces échanges ont laissé place à une véritable amitié, faite de respect, de rires, de souvenirs, et d’envies communes pour un monde agricole plus humain et ouvert.

2.1 Week-ends de partage : entre nature, culture et moments chaleureux


Dès mon premier week-end, la chaleur humaine a été au rendez-vous. Chez les grands-parents de mon ami Clément, j’ai été immédiatement traité « comme chez moi ». Son grand-père voulait que je sois bien installé et il a insisté pour que je m’assoie à côté de lui à table – un signe simple mais fort de respect. Ce foyer m’a montré que l’hospitalité française est sincère : comme le souligne le programme Stage 250, les échanges humains entre familles d’accueil françaises et étudiants marocains constituent des expériences uniques d’ouverture et de solidarité.
Autour d’un verre, nous avons discuté en riant, découvrant nos cultures respectives. Chaque mot de français que je prononçais était encouragé, et la bienveillance de mes hôtes m’a permis de surmonter ma timidité initiale.

Le lendemain matin, nous sommes ensuite partis retrouver Zoé, que j’avais déjà rencontrée lors de l’échange organisé dans notre établissement au Maroc. C’était un plaisir de la revoir ici, dans un autre cadre, et de partager avec elle cette aventure en pleine nature. Ensemble, Clément et Zoé m’ont emmené dans le Vercors pour une randonnée avec nuitée inoubliable. Nous avons marché dans les vallons alpins, atteignant un bivouac isolé sous les étoiles. Sur ces pentes sauvages, nous avons eu la chance d’apercevoir des chamois, ces chèvres de montagne emblématiques des Alpes.
randonnée en montagne dans le Vercors. Avec Clément et Zoé, nous avons bivouaqué en pleine nature.
randonnée en montagne dans le Vercors. Avec Clément et Zoé, nous avons bivouaqué en pleine nature.
Cette immersion dans la nature, au cœur d’un parc régional, illustre parfaitement le lien entre l’agriculture et l’environnement dans lequel elle s’inscrit.

De retour chez Clément, nous avons cherché des girolles jaunes dans la forêt près de chez lui. Avec sa grand-mère, nous les avons bien lavées puis préparées en omelette, un plat bon que nous avons mangé tous ensemble. Ce moment simple – cueillir ce que la forêt donne et le partager autour d’un repas chaud – montre la gentillesse de la vie à la campagne.
Quand la forêt offre ses trésors
Quand la forêt offre ses trésors

Après un premier week-end riche en émotions, j’ai eu la chance de vivre une deuxième immersion tout aussi marquante, cette fois chez Aumbre, en Ardèche. Dès mon arrivée, j’ai été touché par la grande bienveillance de sa famille et du groupe d’amis présents : Aumbre, Margaux, Élia, Lauriane et Clément.

Nous avons préparé le repas tous ensemble, dans une ambiance chaleureuse, détendue et pleine de rires. J’ai cuisiné des tomates caramélisées aux œufs, une spécialité marocaine que j’aime particulièrement partager. Quelle joie de voir que tout le monde s’est régalé même Margaux, qui d’habitude ne mange jamais de légumes cuits !

Nous sommes allés nager dans la rivière, au Pont d’Arc et au Trou de la Lune, deux sites naturels d’une beauté à couper le souffle. Le Pont d’Arc, avec son immense arche naturelle creusée par la rivière Ardèche, est un lieu emblématique que j’avais déjà vu en photo, mais le voir en vrai était impressionnant. Quant au Trou de la Lune, c’est un endroit plus secret, que mes amis m’ont fait découvrir en m’expliquant qu’il tient son nom d’un trou dans la roche en hauteur, en forme de demi-lune, façonné naturellement par l’érosion. L’endroit, calme et sauvage, dégage une atmosphère presque magique.

Sur la route, on a croisé plein de choses intéressantes : des fermes locales, des forêts anciennes, des villages perchés… Même si, je l’avoue, j’ai dormi un petit peu dans la voiture mais juste un petit somme ! L’air frais, les discussions, la route sinueuse… c’était le combo parfait pour une sieste surprise !

Trou de la Lune
Trou de la Lune
Belvédère des Gorges
Belvédère des Gorges
Pont d'Arc
Pont d'Arc

Le cèdre de l’Atlas : un symbole partagé

Lors d’une balade en forêt près de Privas, en Ardèche, j’ai été profondément touché en me retrouvant face à un cèdre de l’Atlas. Ce n’était « qu’un » arbre, mais pour moi, il représentait un symbole fort : un lien vivant entre mes racines marocaines et cette expérience que je vivais en France. Voir ce cèdre, si loin de l’Atlas marocain, m’a rappelé que la nature, l’agriculture et les cultures peuvent rassembler des mondes différents.






















Ce que les photos ne disent pas

Ce stage ne se résume pas à ce que j’ai partagé ici. Ce que j’ai écrit n’est qu’un aperçu, une poignée de souvenirs choisis parmi des dizaines d’autres que je garde précieusement en moi. Car en réalité, ces six semaines ont été une mosaïque de moments vécus, souvent intimes, parfois magiques, que les mots et les photos ne suffisent pas à capturer.

Chaque jour en France a laissé une empreinte. Il y a eu des rires, des silences, des discussions profondes, des gestes simples qui m’ont touché… des instants vrais que je n’ai pas toujours immortalisés avec mon téléphone, tout simplement parce que l’un de mes principes est de vivre pleinement l’instant présent. Parfois, sortir l’appareil photo, c’est déjà s’éloigner un peu de ce qu’on est en train de vivre. Et moi, j’ai choisi de ne pas troubler la magie de certains instants en les mettant en pause.

Alors non, tout n’est pas documenté ici. Mais tout est bien là, gravé dans ma mémoire. Ce stage restera pour moi une aventure humaine, culturelle et professionnelle inoubliable, un chapitre fondateur de mon parcours. Je repars grandi, inspiré… et profondément reconnaissant.

Remerciements

Je tiens à exprimer toute ma gratitude à celles et ceux qui ont rendu cette expérience possible et inoubliable.

Tout d’abord, un profond merci à Madame LEMAIRE Directrice de L'EPLEFPA pour son accueil exceptionnel, sa générosité et l’intérêt sincère qu’elle a manifesté à notre égard. Sa présence bienveillante a marqué le début de cette aventure humaine et professionnelle.

Une reconnaissance particulière à Monsieur Olivier, directeur de l’exploitation, et à Monsieur Vincent, responsable du pôle maraîchage, pour leur engagement, leur professionnalisme et leur disponibilité.

Un grand merci aussi à Monsieur Jan et Madame Zohra, nos animateurs, pour leur écoute, leur disponibilité et leur précieuse capacité à créer des liens entre les cultures. Leur accompagnement chaleureux a largement contribué à la réussite de cette immersion.

Je tiens également à exprimer toute ma gratitude à Madame Fabienne, formatrice en français-communication et référente Mobilité Internationale de l’EPL. Par sa gentillesse, son écoute attentive et sa présence rassurante, elle a su rendre notre intégration fluide et enrichissante. Son accompagnement, tant sur le plan humain qu'organisationnel, a été un véritable pilier durant tout le séjour.

Je remercie également l’Institut des Techniciens Spécialisés en Agriculture de Souihla Marrakech, mon établissement d’origine, pour sa confiance et son engagement actif dans le programme Stage 250. Une mention spéciale à Madame Moudden Asmae, notre professeure et encadrante de stage, pour son soutien exceptionnel tout au long de ce projet. Par son accompagnement, à la fois humain et pédagogique, elle a su nous guider, nous encourager et nous faire grandir. Sa présence constante et son soutien ont été essentiels tout au long de cette aventure.

Je souhaite également adresser mes remerciements sincères à l’ensemble des camarades de BTS MV2 pour leur accueil, leur esprit d’ouverture et leur gentillesse. Leur solidarité, leurs sourires et les moments partagés ont fait de cette expérience un souvenir impérissable. Merci également à leurs familles, pour leur hospitalité, leur bienveillance et les échanges sincères que nous avons eus.

Enfin, un immense merci à toutes les personnes rencontrées, visibles ou discrètes, qui ont partagé un moment, un geste, un conseil ou simplement un sourire. Grâce à vous, ce stage a été bien plus qu’un apprentissage agricole : une véritable expérience de vie.


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Commentaires

ChristianResche
le 07.07.2025 à 13:49:04
Bonjour Hamza. J'espère que tu vas compléter ton récit. Je suis curieux de voir des photos de ton travail. Christian pour l'équipe Moveagri